Le ministre de l’économie et des finances, Francis Mer, avait concocté un projet particulièrement scélérat remontant le niveau en deçà duquel il n’est pas besoin de passer un appel d’offres concernant les marchés publics. De cette façon, 95 % des marchés passés par l'État ou les collectivités locales auraient échappé aux procédures permettant de garantir une mise en concurrence équitable des entreprises. Petite explication de texte : la plupart des hommes politiques mis en examen ces dernières années l’ont été pour l’octroi de marchés publiques à des sociétés « amies ». C’était aussi la manne financière des partis politiques. Rappelons que le Président Chirac lui-même est mouillé par de telles accusations. La preuve que tout n’est pas pourri dans le royaume de France : le tollé provoqué par cette réforme oblige Francis Mer à reculer et à remettre aux calendes grecques sa petite magouille légale. Nique ton Mer…
La déréglementation butte sur quelques obstacles moraux. Le projet était dénoncé à juste titre comme un véritable appel à la corruption par les socialistes et de nombreux juristes. Arnaud Montebourg et Elisabeth Guigou à l'Assemblée nationale, Jean-Pierre Sueur et Yves Dauge au Sénat, les architectes, une partie des PME, bon nombre d'élus locaux (et pas forcément de gauche) y étaient allés de leur avis. Il est vrai qu’un tel projet permettait à très court terme aux plus grosses sociétés de BTP d’emporter tous les marché sans contestation possible. C’est cela le visage du libéralisme façon Mer : une sorte de soviétisation de la société qui permet la montée en puissance de trusts sans concurrence possible. Le scandale avait été tel que Mer avait été lâché en rase campagne par le Premier ministre en personne, courageux mais certainement pas téméraire. Jean-Pierre Raffarin avait une fois de plus parler de « concertation nécessaire » une sorte de tic verbal désormais automatique dès que les choses vont mal. Puis le Conseil constitutionnel avait émis un avis négatif.
Le projet avait été élaboré par un autre aristo républicain, chiraquien pur sucre, Jérôme Grand d'Esnon. Le projet de décret prévoyait de supprimer quasiment toutes les contraintes de procédures et les règles d'appels d'offres pour les marchés de travaux d'une valeur inférieure à 6,2 millions d'euros. Plus de 95 % des marchés passés par l'État ou par les collectivités locales entraient dans ce cadre et les 5% restants allaient pour des raisons automatiques directement dans les compétences des grandes sociétés qui auraient ainsi gagné les petits marchés. Les critères de choix imposés aux élus (prix, compétence de l'entreprise, qualité de la prestation) laissait une commune, c’est-à-dire un maire libre de retenir un constructeur sans avoir à tenir compte du coût pourvu qu’un critère et un seul soit retenu. C’était évidemment la porte ouverte aux dépenses inconsidérées et à la corruption incontrôlée. La France se berlusconisait sous la houlette de l’insipide Mer. Et pour faire bonne mesure, Francis Mer avait décidé de supprimer la présence des agents de la Direction de la répression des fraudes lors des commissions d'appels d'offres.
Il a donc reculé. Jusqu’à ce qu’il relance son offensive. À moins qu’un Nicolas Sarkozy, d’une intelligence sans commune mesure avec Mer, ne le remplace sous peu.
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